C'était un jour comme tous les autres.Tous semblables...ou presque.Je me tenais sur le rebord du trottoir, fumant ma cigarette.Le temps était maussade.Le soleil pointait petit à petit, et il peinait à transpercer les nuages.
La nuit avait encore été longue.Je trainais de bar en bar, dans mon long manteau aux allures de détective privée.Il est sagement conseillé de ne pas boire seul, c'est pour ça que je me dissouts dans la masse nocturne qui s'abrutit d'alool.Je suis comme eux.Seul parmi la multitude, je pars en laissant le fond de mon verre.Vous penser que je suis un alcoolique?Hélas, c'est surement l'étiquette que la société me placardera dans le dos, le jour où elle ne voudra définitivement plus de moi.
Pourtant c'est cette même société qui m'a amenée à tituber.Non, je ne suis pas chômeur, je ne suis pas divorcé et interdit de voir mes gosses.Je ne suis même pas marié.Je n'ai pas de femme.Je n'ai pas d'antécédents mentaux, ni une hérédité génétique liée à l'alcoolisme.C'est juste que je n'ai pas trouvé ma place dans cette agitation, dans cette vie d'incohérence.Je ne me suis pas retrouvé dans les modèles proposés.
Une vie en norme.Réglée.Les gens n'ont pas peur d'être pris au dépourvu dans de telles conditions.Et lorsqu'un évènement imprévu se produit, ça panique, puis au bout d'un moment, ça reprend le cours normal.«C'est des choses qui arrivent», « c'est la vie ..».Mais, lorsqu'alors surgit un incident trop violent, trop inhumain, le traumatisme est plus grand, voire irréversible.Soit on en ressort extrêmemnt perturbé, et en s'accrochant tant bien que mal à revenir à la réalité, de différentes façons, par la religion par exemple, à n'importe quoi, dans le but de survivre...tôt ou tard, on sera marginalisé.Soit on est amené à disparaitre, tout au moins, notre état de conscience, notre état d'homme...Justement, à ce sujet, j'ai lu quelque part,Primo Levi, voilà!Ca me revient : «Nous découvrons tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n'existe pas, mais bien peu sont ceux qui s'arrêtent à cette considération inverse qu'il n' y a pas non plus de malheur absolu. Les raisons qui empêchent la réalisation de ces deux états limites sont du même ordre: elles tiennent à la nature même de l'homme, qui répugne à tout infini.Ce qui s'y oppose, c'est d'abord notre connaissance toujours imparfaite de l'avenir; et cela s'appelle, selon le cas, espoir ou incertitude du lendemain.C'est aussi l'assurance de la mort, qui fixe un terme à la joie comme à la souffrance.Ce sont enfin les inévitables soucis matériels, qui, s'ils viennent troubler tout bonheur durable, sont aussi de continuels dérivatifs au malheur qui nous accable, et, parce qu'ils le rendent intermittent, le rendent du même coup supportable.» Un sacré philosophe ce type-là.Ayant vécu l' Holocauste, il sait de quoi il parle...
Jetant le reste de ma cigarette dans les caniveaux humides, j'emboite mon pas sur un passage piéton.Je ne suis pas heureux, ni malheureux.Je suis un indifférent de l'existence.Je ne sais pas.Je suis celui qui ne trouve pas.Je ne m'efforce pas à me soumettre à un mode de vie, rythmé, règlementé, parmi ceux établis.Je ne fais parti d'aucune caricature sociale.Je " va et vient" au gré des éléments qui tombent au travers de ma route.L'ennui c'est que je n'ai pas de route, j'entends par là, que je n'ai pas de but prescrit.Je mène ma vie.Avec acharnement.Je suis de passage dans ce bas monde.Alors autant voir le plus de choses possibles, observer, découvrir.Je ne sais pas si il y a un sens à mon existence, si je dois accomplir une ½uvre, ou quelque chose du genre.Je passe.Je vis et j'accumule les cadeaux, les farces, les mauvais coups, les surprises qui tombent à mon passage.Ma vie n'est pas faite de lendemain, mais d'aujourd'hui.Elle n'est pas à bâtir, puisqu'elle est en perpétuelle mouvement.J'évolue, nomade dans cette société moderne.Société de consommation...
Et je me rallume une cigarette...